Pourquoi inviter Muma, un artiste contemporain au Musée historique de Lausanne? Le point de vue de Laurent Golay, directeur Pour un médiéviste qui confesse d’occasionnelles allergies à certaines formes de productions artistiques contemporaines, «justifier» le choix de l’exposition de ces œuvres dans un espace dévolu à l’histoire, c’est être mis au pied du mur. Un mur, muséal, que Muma a chargé de références, où se croisent et où sont interpellés les grands noms de l’histoire de l’art, mais où rien – ni la cultuelle nudité des lieux, ni le respect imposé au visiteur par un accrochage prétendument neutre – ne proclame: «Attention! Chef-d’œuvre!». Un mur sur lequel les œuvres n’adhèrent pas, pour paraphraser Jean Clair, à l’orthodoxie de la rupture, mais revendiquent au contraire une tradition artistique, sinon dans la lettre, du moins dans l’esprit. Un mur où les maîtres sont convoqués, cités et détournés, pour mieux poser les «questions de la peinture» – et chercher les réponses: celles relatives à la représentation de la réalité sensible, aux déterminismes culturels et visuels influençant notre perception, aux repères iconiques, ou à l’absence, désormais? de ceux-ci. |  | Avec Muma, le peintre se réapproprie le voir, le fait entrer à nouveau dans le champ des actes véritables, en fait un regarder. Il ne voit pas la nature, il l’interroge, et ce questionnement ne cesse de nourrir son œuvre. Aux antipodes des boulimiques du voir qui sont les handicapés du regard, Muma n’en aura, prédiction aisée, jamais fini avec la peinture. Muma n’est pas pour rien aussi historien de l’art. Ses réflexions sur la place et le statut de l’œuvre, sur la «nature du paysage» (donc du modèle) et les interconnexions sémantiques qui en découlent font partie des thèmes récurrents de la muséologie. De même que la hiérarchie des genres – qui apparaît chez l’artiste là où Mondrian et le Caravage côtoient ou précèdent spatialement des zones de textes ou de traits impulsifs. Les profondes surfaces des œuvres de Muma tissent ainsi un dense réseau réflexif, et rejoignent en ce sens ce que s’efforce de faire tout «espace dévolu à l’histoire».
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