
Du 13 juin au 2 novembre 2003 |
De l'émigration à l'immigration - 1803-2003 Dans l’histoire du canton de Vaud et de la Suisse, une sorte de miroir apparaît au milieu de deux siècles de flux migratoires, témoins des bouleversements socio-économiques qu’a connu le pays entre 1803 et 2003.
Ce sont en effet deux saisissantes réalités historiques, l’émigration et l’immigration, qu’offre à voir l’exposition Vivre entre deux mondes. |  |  Souvenir de la maison - © photo Mario del Curto |
La première vit, au 19e siècle, 500’000 Vaudois et Confédérés partir pour l’étranger (sur une population d’environ 3 millions d’individus), fuyant la misère et la famine.
Le 20e siècle est en revanche celui de l’afflux des travailleurs étrangers et des réfugiés en Suisse, pays pauvre devenu terre de refuge et de prospérité. |
Une moisson de témoignages Au printemps 2002, Marina Marengo et Claude Muret, les commissaires de l’exposition, ont entamé une recherche qui les a conduits de bibliothèques en centres de documentation, d’archives familiales en cercles étrangers. Sciemment, ils se sont concentrés sur les individus, s’attachant à mettre en lumière des destins de femmes et d’hommes embarqués malgré eux dans l’aventure de la migration.
Ils ont rassemblé une masse de documents et témoignages d’un passé enfoui, composé essentiellement de lettres, de journaux intimes, de photographies, de documents officiels d’émigrés suisses du 19e siècle fuyant les disettes de 1816 puis de 1848, redécouvrant au passage les soutiens financiers dont avaient bénéficiés nos ancêtres - comme la collecte lancée par le tsar de Russie dans la 1ère moitié du 19e siècle pour aider les pauvres Suisses.
Parallèlement, ils ont rencontré et interviewé les acteurs de l’immigration du 20e siècle, des travailleurs et saisonniers italiens, espagnols, portugais, yougoslaves, qui, depuis bien avant les années 1960, ont répondu à l’appel de la Suisse, devenue une terre prospère. Vécus à près de cent ans de distance, ces destins les ont frappés par la similitude des expériences qui offrent une étrange résonance: le déchirement du départ, les difficultés du voyage, le mal du pays, l’éloignement des siens, l’adaptation à une nouvelle culture, l’apprentissage d’une langue étrangère, une vie fruste, la xénophobie, la double appartenance…
Tous deux ont été surpris par l’émotion des immigrés à la découverte d’une histoire suisse si récente et si semblable à la leur qui, sans doute, |  |  Un bateau de l'exil - © photo CGM Le Havre
réveillait en eux l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs pays d’origine et le futur de leurs enfants.
La scénographie La grande salle d’exposition du musée a été transformée pour l’occasion. Basée sur l’écoute - celle des témoignages des émigrés suisses lus par des comédiens, proposés comme un écho aux interviews des immigrés contemporains - la scénographie s’articule en spirale, offrant un cheminement symbolique des flux migratoires qui ont marqué les deux cent ans de notre histoire récente. Un journal mural retraçant l’évolution de la migration, puis l’inversion du phénomène, en constitue l’élément principal. Trois alcôves extérieures permettent de découvrir plus intimement les témoignages des Suisses du 19e siècle, la partie centrale étant réservée aux interviews des immigrés d’aujourd’hui. Volontairement, les documents illustrés, qu’ils soient d’un passé ancien ou plus récent, sont présentés sous forme de photographies ou de textes traités de manière graphique, l’objectif étant de souligner le message qu’ils véhiculent tout en sensibilisant le visiteur à quelques aspects historiques du 19e siècle. |
«Le samedi 27 mars [1886], à 4 heures du matin, mon frère Alfred et moi avons quitté la vieille maison du garde chef. Comme j’ai le coeur gros en jetant le dernier coup d’œil sur la Dent, en passant à Vallorbe, en pensant à toi, ma chérie! Nous avons trouvé en route 3 Suisses de Bienne, se rendant dans la République argentine, dans le même but que nous.» John Reymond, originaire du Solliat, Vallée de Joux
«Je ne conseille nullement à quelqu’un qui n’est décidément pas mal chez lui de venir en Amérique à moins qu’il n’ait l’âme très forte et beaucoup de foi, pour la raison que, le voyage étant si loin et si pénible aux secondes places […]. Il faut donc que chacun dans ces circonstances s’attende à souffrir de la faim, la soif, le froid ou bien une chaleur étouffante, les maladies, l’isolement, coucher sur la dure, séparé pour toujours des siens. Mais entre les choses pénibles, celle qui me paraît la plus grande et qui en produit bien d’autres, c’est de ne pas savoir la langue du pays où l’on voyage.» Louis-Charles Piguet originaire de la Vallée de Joux
«Il y a cinq ans aujourd’hui que je suis en Amérique, temps bien vite écoulé, semble-t-il, mais il y a des jours, comme celui-ci, où le ciel est lourd de nuages sombres […]. Sans clientèle, sans travail, pas d’autre dérivatif que de réfléchir, et ce temps me paraît long! Partout l’homme est exposé aux tribulations, mais nulle part elles ne paraissent plus insupportables que dans un milieu où l’on est inconnu, loin des siens, et surtout où l’on ne rencontre qu’exceptionnellement un peu de sentiment, un peu de charité, à l’égard de son prochain.» Eugène Addor originaire d’Yverdon et Sainte-Croix
«On arrivait à Brigue et on vous faisait passer la visite médicale. C'est pour ça, vous m'excusez, mais moi la Croix-Rouge j'ai jamais pu donner un sou. Parce que là c'était la plus grande humiliation que j'ai pu avoir en Suisse: en entrant sur le sol suisse ils vous déshabillaient complètement, même les sixtus que vous aviez, ils vous les mettaient dans des sacs pour les désinfecter. Puis ils vous donnaient des couvertures pour vous couvrir.» Maria (Italie)
«C'est difficile quand même en Suisse, tu peux pas sortir dans la rue et parler aux gens tout de suite. Maintenant que j'ai un enfant et que je le mène à la crèche, des fois je rencontre les mamans et on peut discuter. Mais quand je suis arrivée nouvellement, c'était difficile de rencontrer des gens dans la rue et de parler avec. Les gens te regardaient plutôt avec un peu de méfiance, et les seules personnes avec qui tu pouvais parler dans la rue, c'était les autres requérants d'asile. Ici tu peux pas aller chez les gens, en tout cas pas comme chez nous, à n'importe quelle heure de la journée ou de la nuit. Ici il faut prendre 1 mois de rendez-vous avant d'aller chez les gens et ce côté-là n'est pas du tout facile pour nous.» Roukiatou (Burkina Faso)
«Si je comprends bien, ici l'intégration se fait uniquement par le travail. C'est-à-dire que vous bossez comme un damné, là vous êtes bien intégré, même si vous n'apprenez rien à côté. L'essentiel c'est que vous nettoyez, ou que vous faites les travaux pénibles et puis vous ne demandez rien à l'Etat et là, vous êtes bien intégré.» Hacène (Algérie)
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