Un compagnonnage précoce et fertilePAR FRANÇOISE JAUNIN
Germaine Martin Mayomi Ziouma, 1932-1933
© Collections du MHL
Luc Chessex – La Havane-Cuba, 1965
© Luc Chessex
Philippe Pache – La bouche, 1994
© Philippe Pache
Nicolas Savary – Crazy Car, 2005
© Nicolas Savary |  | Les amours de Lausanne avec la photographie sont précoces. Depuis 1840, avec la première exposition qui y est présentée par un certain Compar «élève de Daguerre», leur longue union a été officialisée en 1985 par l’ouverture du Musée de l’Elysée. Depuis lors, la photographie porte le nom de Lausanne dans le monde et Lausanne envoie des expositions et participe au débat photographique aux quatre coins de la planète. Des pionniers célèbres et oubliésLes débuts de l’image argentique à Lausanne sont liés à un petit groupe de pionniers. On y trouve notamment le physicien Marc Secrétan qui publie à Paris l’un des premiers traités de photographie, le graveur Frédéric de Martens qui figure parmi les ouvreurs de piste de la photographie de montagne, et Adrien Constant de Rebeque qui, sous le nom de Constant Delessert, est l’un des plus remarquables photographes suisses de son temps. Mais Martens et Delessert, tout brillants et renommés qu’ils étaient, auront un triste destin posthume: très injustement, pour cause d’incendie ou de disparition de leurs fonds, ils sont presque tombés dans l’oubli. Entre repli et souffle nouveauTrès vite à Lausanne, la photographie élargit son champ: André Schmid travaille au premier service de radiologie de l’hôpital cantonal, Rodolphe Archibald Reiss œuvre au service de l’identité judiciaire, Pierre Gillard, précepteur chez le dernier tsar, ramène de Russie un journal photographique unique et poignant. La dynastie de Jongh, elle, – Edouard, Francis et Gaston – dirige en ville un atelier réputé. Dans le repli régionaliste des années 1930-1940, seules deux femmes apportent un souffle nouveau à Lausanne: Germaine Martin marquée par la «Nouvelle Photographie» et Gertrud Fehr qui ouvre à Lausanne une école créative avant de partir enseigner à celle des arts et métiers de Vevey dont la réputation d’excellence lui devra beaucoup. Même si Henriette Grindat va son chemin poétique sous le vent du surréalisme, c’est la presse qui domine le milieu du siècle, avec des photojournalistes comme Pierre Izard ou Yves Debraine. Reporters au long cours, Luc Chessex arpente l’Amérique latine et l’Afrique avec un regard de photographe engagé, Monique Jacot et Simone Oppliger traitent avec sensibilité de sujets sociaux, Marcel Imsand s’inscrit dans une veine humaniste et régionaliste. Un véritable engouement populaireDès 1985, le dynamisme du Musée de l’Elysée suscite une émulation, un intérêt pour la question de l’image et un véritable engouement populaire autour de la photographie, favorisé par des manifestations telles que les 7 éditions dans ses jardins de la «Nuit de la photo» et les grandes fresques des «Cent photographes venus de l’Est» après la chute du mur de Berlin ou «Voir la Suisse autrement» et «Nouveaux itinéraires» liées au 700e anniversaire de la Confédération. Une scène foisonnante et plurielle
Avec les années 1990 et l’agonie du photojournalisme, la photographie se déplace dans le champ des galeries, musées et maisons d’édition, telle celle de Jean Genoud, l’un des meilleurs imprimeurs spécialisés au monde. A la tête de l’Ecole d’art de Lausanne depuis 1995, Pierre Keller y met l’accent sur les nouveaux média: cinéma, vidéo et photo où il favorise les rapprochements entre documentaire et vocation artistique, réalité et interprétation. Sans rapport avec l’ecal, Mario del Curto et Yves Leresche donnent un ton contemporain à leurs amples projets documentaires. Magali Koenig poursuit en noir et blanc un voyage introspectif et rêveur. Philippe Pache réinterprète le nu avec une tendresse pudique. Jean-Pascal Imsand, surdoué trop tôt disparu, se fraie une voie personnelle entre le photomontage fantastique et le versant tragique de la société. Olivier Christinat revisite et questionne l’histoire de l’art et les images de presse. Avec Anoush Abrar, Leo Fabrizio (deux ex-écaliens) et Annaïk Lou Pitteloud, la relève affirme d’ores et déjà de fortes et belles individualités. |