D'un tranquille
éveil à un véritable boom culturelPAR FRANÇOISE JAUNIN
René Auberjonois – Portrait de Ramuz 1923, huile sur toile, 43,5 x 32 cm.
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne.
Action surprise du groupe Impact à l'occasion du vernissage de la 2e Biennale de l'art suisse
6 mai 1976.
10e Biennale de la Tapisserie.
20.6 au 4.10.1981. Dans l'espace l'oeuvre de Vera Székely.
|  | Dans le bel écrin de son paysage serti entre Alpes et Jura, lac et plateau, Lausanne est à la croisée des grandes voies de communication entre la France, l’Allemagne et l’Italie. Depuis toujours, le transit des idées, des influences et même des artistes l’ont portée à combiner l’esprit du nord avec le souffle du sud. L’«œuvre d’art total» que représente sa cathédrale du XIIIe siècle (le plus grand et le plus bel édifice gothique de Suisse) en est – même si les mutilations de la Réforme nous privent de son patrimoine pictural – un magnifique exemple. L'aimant parisienEn 1841, une vingtaine d'années après son «Ecole de dessin», Lausanne ouvre le deuxième plus ancien musée de Suisse exclusivement voué à l’art après Genève. Mais jusqu’au début du XXe siècle, voire pratiquement jusqu’au milieu, ses artistes font comme l’immense majorité des «provinciaux»: ils rejoignent les capitales. Et la «leur», c’est Paris, d’où vient la consécration. Ils y séjournent quelques années (Auberjonois, Bosshard, Buchet) ou y font toute leur carrière: Grasset, Steinlen, Vallotton et le «pendulaire» breton Marius Borgeaud. Le tournant internationalisteC'est dans le mouvement d'accélération des années 1960 que la capitale vaudoise aborde l’ère de l’internationalisme culturel et de l'art contemporain. Avec René Berger aux commandes, le Musée des beaux-arts donne le ton: ses trois Salons des Galeries-Pilotes, ses 16 Biennales internationales de la tapisserie et son intérêt pionnier pour l’art vidéo ont, s’ils ne sont pas toujours bien compris localement, un retentissement considérable et demeurent dans les annales. L'art dans la rueConstitué d’une poignée d’artistes idéalistes soixante-huitards, le groupe Impact (Scheurer, Schauenberg, Barbier) gère une galerie prospective et mêle l'art à la vie publique dans des manifestations joyeusement provocatrices, telle la fameuse «Action Voitures» en 1976. Pour fustiger le ratage urbanistique de la place de la Riponne, elle propose – moulages de VW Coccinelles à l’appui – de transformer le Musée des beaux-arts en parking. Boom muséal et culturelDepuis la deuxième moitié des années 1970, Lausanne est l’objet d’un véritable boom muséal et culturel. On y voit s'ouvrir successivement la Collection de l’art brut, le Musée de l’Elysée, la Fondation de l’Hermitage, la toute proche et éphémère Fondation Edelmann à Pully (1991-1995), le Musée olympique, l’Espace Arlaud, la Fondation Verdan, le mudac, les Archives de la Construction Moderne, le Forum d’architectures et le festival «Lausanne Jardins» qui, depuis 1997, est devenu un rendez-vous international de l'art paysager. Sans oublier l'engagement des galeries dont une douzaine est réunie sous le nom de Ggala (groupement des galeries d'art à Lausanne) autour d'une charte professionnelle commune. Ni le dynamisme des collectifs d'artistes qui gèrent des espaces expérimentaux plus ou moins éphémères: Palud 1, 16/25, Le Blanc des Cieux, le Casino, Circuit. Une réussite nommée ecalCette effervescence se retrouve aussi à l’école cantonale d’art -ecal- que l’arrivée à sa tête de Pierre Keller en 1995 a dopée et propulsée au rang des écoles d'art et de design les plus réputées du monde. «Ecaliens» et «ex-écaliens» (Philippe Decrauzat, Didier Rittener, Vincent Kohler, Alexis Georgacopoulos et bien d’autres...) attirent l'attention en raflant prix et distinctions. Malgré son déménagement dans une ancienne usine rénovée par le célèbre architecte Bernard Tschumi à Renens à l’été 2007, l'ecal conserve dans son acronyme le L de Lausanne. Vers un nouveau pôle muséal dédié aux arts visuels
La prochaine aventure se joue à la Gare CFF, où le nouveau Musée des beaux-arts devrait, au coeur de la ville, venir doter Lausanne d’une institution d’envergure européenne à la mesure de sa haute vocation culturelle. |