Les imprimeurs,
les éditeurs, le livrePAR GIAN POZZY |  | Lausanne connaît une tradition aussi ancienne que remarquable dans les métiers de l’impression. Ces artisans se sont distingués par la qualité de leur travail et n’ont cessé d’attirer des éditeurs de beaux livres et de belles revues soucieux de leur confier leurs trésors, heureux de trouver un havre en cette ville industrieuse. Par ailleurs, de tout temps, les cantons suisses ont passé pour assez tolérants, plus en tout cas que le grand voisin français où des régimes autocratiques et les circonstances politiques ont périodiquement éveillé des velléités de censure.
La dernière étonnante aventure éditoriale qu’a connue Lausanne fut sans conteste celle de La Cité Editeur, la maison d’édition militante de Nils Andersson – finalement expulsé en 1967 – qui publiait à Lausanne tout ce que ses confrères français ne pouvaient rêver d’éditer. Tel La question d’Henri Alleg, un livre témoignage sur la torture pendant la guerre d’Algérie, qui fit scandale et circula longtemps sous le manteau en France. S'affranchir de ParisAu XXe siècle, l’édition lausannoise est très vivace. On citera Les Cahiers vaudois, fondés en 1914 par Paul Budry et Edmond Gilliard, qui accueillent dès leur premier numéro les écrits de Charles-Ferdinand Ramuz, puis publient Gustave Roud et René Morax. Un de leurs buts est clairement de s’affranchir de Paris en s’ouvrant à la littérature de ce coin de pays et à ses parlers. En 1929 naît l’hebdomadaire littéraire Aujourd’hui d’Henry-Louis Mermod et dirigé par Ramuz. Il ne dure guère mais les Editions Mermod lui succèdent, qui publient encore Ramuz mais aussi, plus tard, Philippe Jaccottet. La Deuxième guerre mondiale et l’Occupation voient les auteurs français censurés publiés par des maisons lausannoises comme Marguerat ou Ides et Calendes. Simultanément, l’intérêt pour la lecture est alimenté par une entreprise telle que La Guilde du livre, fondée par Albert Mermoud en 1936, qui rend le livre plus accessible grâce à un système de club d’adhérents bénéficiant de prix bas. Modèle à succès pendant quelques décennies, La Guilde fait un émule de choix avec les Editions Rencontre, créées en 1950, qui vendent sur abonnement jusqu’à 200'000 livres par an. D’autres initiatives similaires (Le Livre du mois et La Bibliothèque romande) popularisent la littérature d’ici auprès d’un public parfois encore timide. Dans l’entre-deux-guerres, les grands imprimeurs lausannois séduisent les grands éditeurs d’art: parmi eux, Skira et Gonin sont les plus célèbres. Le renouveau
Le vrai renouveau du livre d’auteur intervient dès les années 50 avec les Cahiers de la Renaissance vaudoise, la revue Ecriture cofondée par Bertil Galland et Jacques Chessex, les éditions L’Âge d’homme de Vladimir Dimitrijevic, les Editions Bertil Galland qui publient les écrivains d’ici Georges Borgeaud, Jacques Chessex, Jacques Mercanton, Alice Rivaz et Gustave Roud et tant d’autres. Les Editions Payot Lausanne, les Editions de l’Aire, à Vevey, les Editions Campiche, à Orbe, les Editions Favre, à Lausanne, ont entre-temps pris le relais, offrant des structures professionnelles à la floraison d’auteurs lausannois contemporains. |