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Quand les Gremlins envahirent les écransPrécurseur d’un certain cinéma postmoderne, Joe Dante incarne une idée précieuse du cinéma: un art populaire, irrévérencieux et anticonventionnel, où la cinéphilie se conjugue avec une liberté de ton rare. Son œuvre rappelle qu’il est possible d’être à la fois un spectateur émerveillé et un cinéaste exigeant.Dans les années 1970, Roger Corman engage de jeunes diplômés en cinéma pour écrire et réaliser des films au sein de la New World Pictures. Aux côtés de Martin Scorsese, Jonathan Demme ou Ron Howard, Joe Dante fait ses armes au montage.Comme Steven Spielberg – né comme lui en 1946 dans le New Jersey –, il a grandi en se nourrissant de comics, de cartoons de la Warner, de films de monstres, et réalise des films amateurs (tel que The Movie Orgy, monté en assemblant des fragments de films de série B d’époque).Il passe derrière la caméra en 1976 avec son ami et collègue Allan Arkush pour Hollywood Boulevard (1976), réalisé avec l’utilisation intensive d’extraits d'autres films de la compagnie de production, avant d’affirmer son style singulier avec Piranha (1978), film catastrophe écologique et moqueur de Jaws (Les Dents de la mer). Les années 1980 constituent son terrain de jeu idéal: The Howling (1981) renouvelle le film de loups-garous grâce à des effets spéciaux novateurs et un second degré assumé. Fort du succès du film, Dante est engagé par Spielberg pour participer à Twilight Zone: The Movie, relecture de la célèbre série télévisée. Spielberg, pour qui Piranha était «le meilleur des plagiats de Jaws», l’appelle ensuite pour réaliser Gremlins (1984) malgré les réticences de la Warner. Ce sera son plus grand succès au box-office, et le film deviendra culte.Le cinéma de Dante privilégie la structure narrative du conte en y mêlant des éléments fantastiques et de films noirs; il se caractérise par un montage nerveux, un goût du chaos, une profusion de références cinéphiles et une tendresse pour les personnages marginaux. Dans Explorers, Innerspace ou Gremlins 2, il détourne les règles du blockbuster, souvent en conflit avec les studios, fidèle à son esprit provocateur. Gremlins 2 est une œuvre «méta» que lui-même préfère au premier volet: «C’est celui où j’ai été plus libre, où j’ai pu mettre tout ce que je voulais; au final, c’est presque un Hellzapoppin'».Observateur caustique de la société américaine, il ausculte la paranoïa de la banlieue dans The ’Burbs et détourne le film pour enfants contre le militarisme et la culture consumériste dans Small Soldiers. Même lorsqu’il s’aventure vers des projets plus politiques (The Second Civil War, 1998), son cinéma reste traversé par une énergie ludique et subversive.Aujourd’hui critique envers un cinéma formaté par des impératifs industriels plutôt que narratifs qui ont détourné le public des salles au profit des plateformes, il défend l’expérience collective du cinéma. Pour reprendre les mots de Charles Tesson, critique et historien du cinéma, Joe Dante «a fait du cinéma parce que le cinéma l’a fait».